mardi 12 juin 2012

Mayotte, J8: On reprend les clandestins...

Ce matin, direction le tribunal administratif. Quelques affaires de sans-papiers passent en référé. Des personnes attrapées sur des kwassa-kwassas ce w-e. Visio-conférence avec la Réunion, où se trouve le président du tribunal. Très intéressant d'écouter les joutes entre avocat et représentante de la préfecture. Des histoires poignantes. Révoltantes à souhait. Trois cas. Parmi eux un enfant de dix ans qui va retourner au CRA... intolérable. Ali, un père de famille va s'en sortir car ces cinq jours sont passés. Je l'ai suivi dans son village où il retrouve ses enfants (nés ici). Sa femme est en métropole, avec une petite fille malide (et condamnée...). Et on ne lui donne pas un document pour la rejoindre. Sa fille de 11 ans est désespérée. Elle n'a pas vu sa maman depuis 4 ans. Je m'engage à emmener les photos au MAns, où elle habite.







samedi 9 juin 2012

Mayotte, J6: Histoire de makis

Pour changer des clandestins, de la misère, un reportage de transition... (Juste un mot, avant, sur la suite de l'histoire des deux enfants dont la maman a été expulsé jeudi. 24 heures après son arrivée à Anjouan, Comores, elle a repris un bateau avec d'autres. Mais il a été intercepté. Et la maman arrêtée.. elle passera au tribunal lundi matin. j'y serai.)

Donc... les makis. Ce sont des lémuriens. J'avais trouvé une histoire avant de venir ici. Ce reportage sera publié dans plusieurs magazines. En avant-première, quelques images!! Et le résumé:

L’îlot M’Bouzi se situe dans le lagon de Mayotte, entre Grande Terre et Petite Terre, et n’est donc accessible qu’en bateau. Cet îlot est dépourvu de source d’eau, ce qui n’a pas empêché une population de 20 à 30 lémuriens de vivre sur place avant 1997, année d’installation de « Terre d’Asile ». Cette association s’est chargée de recueillir les makis malades ou en danger sur les terres et de les soigner sur l’îlot. Opération si bien réussie que ces derniers se sont reproduits, jusqu’à atteindre plus de 700 individus recensés à l’heure actuelle... Mais l'association a dû cesser son activité. Bref, il a été question de les euthanasier, de les donner à des zoos. Plusieurs théories existent sur les décisions à prendre... Il y a même eu un empoisonnement collectif d'une cinquantaine de bêtes! Bon... pour l'histoire, il faudra attendre! En tout cas, je me suis rendu sur l'îlot avec une autre association chargée de stériliser les femelles, de nourrir les makis et de comptabiliser le plus exactement possible les individus...

Demain, plage, picnic... 


 




















vendredi 8 juin 2012

Mayotte, J5: La France comme on la voit rarement!

Pour continuer mon histoire sur l'immigration, j'ai rencontré Michel, membre très actif de RESF. Ce prof qui connait bien Mayotte a été récemment mis sur la sellette par la préfecture. Celle-ci lui a refusé la prolongation de son contrat sur l'île; Sans doute à cause de son engagement qui devenait un peu trop génant; Après quelques mois de galère et un procès, la décision vient d'être suspendue... A suivre.
Michel m'a emmené à Kaweini. Un bidonville hallucinant. Maisons de tôles accrochées sur une colline abrupte, aux portes de Mamoudzou. Des ruelles étroites, le sol est retenu par des pneus remplis de terre. Partout des enfants qui jouent. Ici vivent les comoriens d'Anjouan, de Grande-Comore. Bien sûr, une grosse partie de ces gens sont sans-papier. Michel me présente Abdallah, un jeune comorien qui a connu les expulsions (il y a trois jours encore, il était pris par la BAC, qui ont fini par le relacher.) Il me montre sa maison, sa famille et me raconte son histoire. Révoltant. Dans ce quartier, la police fait des descentes quasi-quotidiennes et remplit ainsi sa "mission". La machine à expulser marche à fond. Et les qwassa-qwassas ne cessent de revenir au plus grand bonheur des passeurs. Car parfois, ces barques surchargées chavirent. Le dernier drame s'est déroulée il y a quinze jours. 5 morts, 15 disparus... Les survivants ont passé une nuit à l'hôpital, cinq au centre de rétention. Avant d'être expulsés. Mayotte=France= Pays des droits de l'Homme? Liberté, égalité, fraternité?  Michel m'a ensuite emmené dans un autre de ces bidonvilles, moins grand que le précédent mais tout aussi sordide. Majicavo Koropa. Sur le chemin, il a voulu me montrer la décharge à ciel ouvert. Des enfants comoriens y ramassent de quoi vivre! Oui, ici c'est réellement le tiers-monde dans la République. A suivre.
















jeudi 7 juin 2012

Mayotte, J4: Une histoire banale d'expulsion

Jeudi. Jour de départ du bateau "La Citadelle" vers Anjouan, aux Comores. Jour d'expulsion pour quelques dizaines de "clandestins". J'ai passé la matinée devant le CRA, centre de rétention administratif.
J'y suis en compagnie de Sylvie, bénévole à la Cimade. Avec elle deux enfants qu'elle a hébergé la nuit précédente: leur mère a été interpellé en leur compagnie, alors qu'ils allaient à l'école. Elle se retrouve ici, derrière les grilles. Et tous seront expulsés aujourd'hui. C'est assez bizarre de voir ces deux petits avec leur sac contenant quelques affaires... Ils vont à l'école, vivent ici depuis plusieurs années (la petite fille est née ici!). Sylvie fait sont boulot, rentre au CRA, la Cimade est la seule association à pouvoir rendre visite aux sans-papiers enfermés. Les membres de la famille ont un droit de visite... pas toujours respecté.
Drôle d'ambiance... Enfin, quand elle ressort, elle annonce que la maman des petits ne veut plus les prendre avec elle. C'est son droit, si quelqu'un, un voisin, de la famille peut s'en occuper... Les enfants veulent rester pour continuer l'école. Moment tendu. Et puis, les portes du centre s'ouvrent, le bus sort avec les expulsés qui se rendent au bateau. Larmes, pleurs... Je me dis que c'est quand même inhumain de laisser des enfant sans leur maman (le père vit en France). On ne voit rien derrière les fenêtres fumées. Voilà. Deux mineurs isolés de plus sur l'île... Pour le moment, nous allons offrir un steack-frites aux deux enfants. Et une voisine vient les récupérer. J'irai les voir dans leur village la semaine prochaine. France, pays des droits de l'homme.